La décroissance sereine : un projet de société !

Les limites du développement durable. La décroissance sereine : une utopie concrète ? Un blog de Severs Thierry, Ecaussinnes, Belgique.

12 janvier 2009

A propos de la crise ... le point de vue de R. Petrella

Un point de vue altermondialiste de la crise économique

Ce 15/12/2008,  le PAC de Ittre organisait une conférence avec comme orateur principal Ricardo Petrella : économiste, sociologue, politologue et figure emblématique de l'altermondialisme.

Le sujet de la conférence portait bien évidemment sur l'actuelle crise économique.

En première partie, A. Laaouej, économiste à l'Institut E. Vandervelde (PS), a donné un point de vue technique sur les origines de la crise financière remettant fondamentalement en cause l'imposture des mythes fondateurs du libéralisme (je parlerais moi de néo-libéralisme) à savoir :

  • le mythe de l'autorégulation. Idée qui consiste à penser que les marchés s'autocontrôlent et ne peuvent dérailler de manière durable ! Ils possèdent une espèce d'intelligence propre et s'équilibrent par des contrôles réciproques !

  • le mythe que par nature l'Etat est inefficace et doit fournir des services minimum avec le moins de fonctionnaires possibles. Pouvoirs publics=valeurs négatives.

Pour Laaouej cette crise est avant tout une crise du libéralisme et de ses excès.

Pour Petrella, cela fait plus de 30 ans que notre société est porteuse de cette crise et que la pauvreté mondiale est en nette augmentation. Plus de 3 milliards d'humains vivent dans la pauvreté. Les dirigeants de notre planète ont annoncé depuis belle lurette que l'on ne pourra pas éradiquer cette pauvreté ! Quelle belle perspective !

Par contre, dans notre société, nous sommes devenus des hyperconsommateurs. Nous surconsommons des produits de plus en plus obsolètes (produits très vite dépassés ou usés qu'il faut remplacer).

Dans tous les milieux (politique, syndical, patronal, associations de consommateurs, ...) on ne parle que de "pouvoir d'achat". Il faut en fait comprendre "pouvoir de consommer"!

On a tout marchandisé ! Il faut payer pour tout. Les droits fondamentaux sont liés à notre "pouvoir d'achat": eau, santé, énergie, alimentation, ...

Ce n'est pas viable! On exclut les gens. On leur refuse d'avoir des droits s'ils n'ont pas d'argent. Une telle société est une société en crise.

Ce système d'hyperconsommation détruit tout :

  • forêts
  • fleuves et lacs
  • mers
  • sols. Il faut de la chimie pour les fertiliser
  • air. On privatise l'air via des certificats d'émission de CO2 !
  • ...

Alors que des milliards de gens vivent dans le dénuement le plus total depuis des décennies, "on n'était pas en crise". Pour nous, tout allait bien ! Maintenant que la crise financière est là et que nos revenus risquent de diminuer, alors "c'est la crise mondiale"!

Parce que le prix de l'énergie augmente "c'est la crise". Mais que des milliards de gens n'ont pas accès à l'énergie, à l'eau, ..."ce n'est pas la crise" !

Si des milliards de dollars ont été anéantis suite à des spéculations financières, cela fait longtemps qu'on anéantit la vie de milliards de gens !

"Cette crise financière n'est pas à plaindre ! C'est la vie des pauvres gens qu'il faut plaindre" dit en substance Ricardo Petrella.

Que nous propose-t-on ? Sortir de la crise financière actuelle pour en revenir à la situation de croissance qui fait notre richesse tout en laissant la moitié du monde dans la pauvreté. Mais "ils" pourront dire : "on est sorti de la crise!".

On a fait tourner la planche à billets, on a dépensé des milliards et des milliards de dollars pour combattre la crise financière et donner des liquidités aux banques ! Pour faire quoi ? Relancer la croissance et la consommation de choses inutiles et  garder la moitié de la planète dans la famine.  "On se moque de qui ?" insiste R. Petrella.

On nous dit "Sauvons nos emplois en combattant la crise financière". Mais cela fait des années que l'on délocalise, restructure et que l'on voit quand même nos emplois diminuer.

Pourquoi vouloir reconstruire comme avant alors que ce "avant" est mauvais ? Pourquoi reconstruire un tel système avec des banques mondiales requinquées qui ont plus de pouvoirs que les parlements ?

Y-a-t-il un avenir différent que celui du capitalisme ?

Pour Petrella, c'est ce système qui a tout détruit et on nous dit aujourd'hui "pas d'alternative au capitalisme". On a construit un système qui n'aurait pas d'alternative ! L'Etat doit seulement intervenir temporairement dans une sorte de capitalisme d'Etat pour mieux en revenir à un capitalisme pur et dur.

On nous dit que le désastre climatique et écologique ne trouve qu'une seule réponse : l'innovation technologique soutenue par les marchés et le capitalisme. Pour y arriver, il faut des liquidités ! Il n'y a pas de volonté de trouver un autre système :"Save the system !". On nous impose de transformer la crise en opportunité pour les capitalistes.

Il faut trouver un autre système. Transformons cette crise en opportunité pour transformer le monde !

Avant on disait : "Tu veux de l'emploi ou un jardin ?". Aujourd'hui, on a ni emplois ni jardins ! On a par contre créé les inégalités et le désastre écologique !

Construire un nouveau monde ?

Pour Petrella :

  • Repensons les villes, lieu de vie. Rénovation urbaine et transports publics développés
  • Repensons l'école, actuellement lieu de sélection
  • Remettons en doute les principes de notre société et de notre économie
  • Faisons fonctionner la planche à billets au profit de la vie ! Pas pour payer l'armement et garantir l'hyperconsommation.

Il faut :

  • Contrôler les mouvements de capitaux au niveau mondial
  • Créer une monnaie mondiale
  • "Désarmer" les banques centrales indépendantes comme la BCE qui agissent sans rendre de comptes aux politiques élus démocratiquement
  • Lever le secret bancaire
  • Interdire les hedges funds qui sont des instruments de spéculations agressives
  • ...

Pour Petrella, la décroissance c'est :

  • Arrêter la croissance qui a amené la crise économique.
  • Inventer une autre croissance favorable au monde entier (par exemple, l'accès à l'eau potable)
  • Ne pas rester riche et fort au détriment  d'une majorité de pauvres et de très pauvres

Une mauvaise croissance est une croissance qui profite aux détenteurs des capitaux plutôt qu'aux travailleurs et à la collectivité à qui appartiennent les matières premières et ressources utilisées.

Il y a de la place, selon Petrella, pour une croissance profitable à tous. Il faut envisager de produire un autre type de richesses compatibles avec une croissance utile. Des richesses non liées à l'hyperconsommation individuelle. Cela nécessite des changements collectifs. Il faut sacraliser la vie et pas les capitaux ! Il faut agir collectivement au profit de la vie : c'est possible !

Pour conclure son intervention, R. Petrella termina par un cinglant "Et vous de quel coté êtes-vous ? Du coté de la défense de votre seul pouvoir d'achat ?".

Bien à vous


Posté par seversth à 09:48 - Commentaires [0] - Rétroliens [0] - Permalien [#]

A propos de la crise ... le point de vue de Ph. Defeyt

Un point de vue sur la crise économique

Le 20/11/2008, Ecolo Ecaussinnes organisait une conférence-débat sur la crise économique que l'on connaît actuellement. Cette crise semble s'installer de manière durable. Elle aura des impacts sur la vie de beaucoup de gens. La précarité va s'accentuer encore et encore.

Il me semble important de bien comprendre les tenants et les aboutissants de cette crise. Certains experts estiment qu'elle sera l'occasion de rebondir et de penser à changer nos comportements, voire notre société ! Puisque la crise est là, qu'on ne sait pas l'éviter, il est indispensable que l'on remette en question certaines valeurs admises depuis trop longtemps comme incontournables.

J'aimerais dans les semaines à venir m'attarder sur les raisons profondes et les conséquences de cette crise en m'inspirant bien évidemment de l'avis d'experts qui partagent des valeurs qui me sont chères !

Revenons en à la conférence. Invité : Philippe Defeyt, économiste, membre fondateur d'Ecolo, ancien député, actuellement Président  du CPAS de Namur et président de l'Institut du développement durable.

Pour Ph. Defeyt, la crise économique actuelle était prévisible depuis longtemps. Elle est intimement liée à la crise financière, la crise sociale et la crise écologique. Ces crises forment un tout !

Le capitalisme est loin d'être mort, mais la conjonction de ces 4 crises est une fenêtre d'opportunité pour pouvoir changer les choses. Cette période ne va pas durer longtemps. Les dirigeants capitalistes, comme à chaque crise économique, tenteront de reprendre les rennes en main pour imposer leur modèle comme seul modèle possible.

Si l'origine de la crise économique actuelle est avant tout financière, il ne faut pour autant pas condamner définitivement les banques. Sans banques, selon Ph Defeyt, pas d'activités économiques. Elles jouent un rôle d'intermédiation. Seulement, elles doivent retrouver leur rôle initial de dépôts/crédits. Elles sont devenues principalement des banques d'affaires (cfr les subprimes). Il faut clairement séparer les activités des banques d'affaires des activités des banques classiques !

Le terreau de la crise actuelle est là depuis des années ! On est passé d'un capitalisme de management à un capitalisme financier. Au sein des entreprises, les postes de direction sont assumés par des financiers ! L'indicateur n'est plus la qualité du produit fabriqué mais la valeur de l'action ! Ces dirigeants sont d'ailleurs trop souvent payés en fonction des bénéfices dégagés par l'entreprise. D'où une volonté absolue, quoi qu'il en coûte, de dégager des profits astronomiques.

Ce capitalisme est donc devenu fou car il exige des rentabilités de 10 à 20%. La recherche de tels rendements est intenable. Cette cupidité est néfaste. Elle est source de restructuration, de délocalisation, de chômage et de précarité !

La crise trouve aussi ses origine dans l'ouverture des flux financiers et économiques au niveau mondial sans régulation sociale, fiscale et écologique. Il fallait harmoniser avant d'ouvrir les marchés. Maintenant c'est trop tard. L'idée que le privé va mieux réguler que l'Etat est un leurre. Trop d'exemples le démontrent. L'autorégulation n'a jamais fonctionné.

Aujourd'hui, on a sauvé (ou on tente de le faire) les banques. On n'essaye pas de changer le système.

Que peut-on faire ?

  • Evolution sociétale. Ne plus penser à "Tout tout de suite".
  • La crise est aussi une faillite morale. Il y a une diminution du capital social (relations entre les individus et les structures). Plus de confiance. On doit reconstruire ce capital social, ces relations de confiance.
  • Sortir de l'obsession des chiffres de croissance économique à tous les niveaux.

Ph. Defeyt constate malheureusement que les gouvernements ont seulement essayé de sauver le système financier ! Il y a non assistance aux économies en danger. On va connaître un recul économique important inconnu depuis la guerre. Les pays agissent en ordre dispersé. Il faudrait une vraie relance européenne, mais il n'y a pas de réel gouvernement européen capable de piloter l'économie réelle.

Que peut-on faire au niveau wallon ?

- Eviter, au nom de la relance économique,  de tomber dans le piège des aides financières qui favorisent uniquement les plus aisés (capables d'investir). Exemple. Est-ce un priorité de distribuer beaucoup d'argent public pour placer des panneaux photovoltaïques ?  Les bénéficiaires profitent de primes, d'une diminution d'impôts et de certificats verts. Dans quelques années, une fois l'investissement amorti, ils profiteront d'électricité gratuite. Est-ce une mission de la région wallonne d'oeuvrer en ce sens ? Il y a mieux à faire avec cet argent : remettre en état nos écoles, isoler les bâtiments publics, ... ce qui serait probablement plus profitable à l'environnement.

- Développer une activité dans le domaine des transports publics

- Développer la biométhanisation de manière intensive.

- Investir dans la formation et l'enseignement

- ....

Conclusions de Ph Defeyt :

  • On est autant en présence d'une crise morale que financière et économique
  • Il y a une diminution du capital social
  • La politique est nécessaire pour réguler
  • Il faut relégitimer la sécurité sociale : "Il n'y a pas de meilleur investissement que de verser ses cotisations pour bénéficier demain d'une pension, de prestations sociales, ..."

Bien à vous.

Posté par seversth à 09:47 - Commentaires [0] - Rétroliens [0] - Permalien [#]

08 juin 2008

Halte à la croissance !

Halte à la croissance sans limite !

C'est en 1972, à la demande du club de Rome, que fut publié un premier rapport, connu sous le nom de "Rapport Meadows", mettant très clairement en évidence les dangers d'une croissance sans limite de l'économie et de la démographie au niveau planétaire.

Une croissance sans limite exploite de manière intolérable les ressources naturelles provoquant des pollutions  graves, souvent irrémédiables, ainsi qu'un épuisement rapide de notre biosphère. En un an, l'Humanité consomme plus de ressources que la Terre peut en produire durant la même période. On parle dès lors de dette écologique.

En 2007, on estime que le jour de la dette écologique est tombé le 6 octobre. A partir de cette date, tout ce que nous avons consommé le reste de l'année a été pris sur le "capital ressources". Nous avons donc appauvri notre planète en termes de ressources naturelles. “L’Humanité vit à crédit sur les ressources écologiques” explique le Dr. Mathis WackernagelWackernagel, Directeur Exécutif du Global Footprint Network.

Actuellement, nous consommons 30% de plus par rapport à ce que nous pourrions consommer pour ne pas toucher au capital écologique. C'est comme si chaque année, un ménage dépensait, en ayant recours au crédit,  30% de plus que ses revenus. C'est intenable. Tôt ou tard, il faudra payer la note. Ce sera la faillite ! En 1996, cette dette était de 15% seulement.

Ce dépassement écologique peut se mesurer, par exemple, par la déforestation intempestive, la disparition des espèces, le réchauffement climatique, la désertification (érosion des sols fertiles), la disparition des espèces et une diminution de la biodiversité, ...

Ainsi donc, l'emprunte écologique de l'Humanité est actuellement de 1,3 planète. Cette mesure correspond à la "quantité de planète" nécessaire qu'il faudrait pour produire, chaque année, ce que nous consommons en réalité.

Il s'agit bien évidemment d'une moyenne.

Si chacun des habitants  de la Terre consommait comme :

  • un habitant des Emirats Arabes, il faudrait  10 planètes
  • un américain, 6 planètes
  • un européen, 3 planètes
  • un africain, 0,45 planète

Avec un taux de croissance de notre économie mondiale de 2%, il faudra 30 planètes en 2050. C'est dire si nous allons rapidement épuiser tout ce que la Terre possède comme ressources.

A une autre échelle, l'emprunte écologique individuelle se mesure en surface de terre équivalente nécessaire pour produire en un an tout ce qu'un individu consomme (pour se nourrir, se loger, s'habiller, se déplacer, se détendre...), pour recycler ses déchets et assainir ses émissions polluantes.

On estime qu'une emprunte écologique individuelle moyenne de 1,8 Ha par habitant est soutenable, n'entame pas les réserves et peut assurer un avenir à l'humanité ! La moyenne mondiale actuelle de l'emprunte écologique individuelle est de 2,3 Ha.

Un américain utilise l'équivalent de 9,6 Ha, un européen 4,5 Ha et un africain moins de 1 Ha.

Nous devons bien évidemment tous oeuvrer pour diminuer notre emprunte écologique par des actions spécifiques ciblées :

  • limiter les transports individuelles polluants au profit des transports en commun ou le covoiturage
  • isoler les habitations
  • consommer moins de choses inutiles
  • éviter les emballages superflus
  • consommer des produits qui ont une faible emprunte écologique (pas de fraises espagnoles en hiver, utiliser des produits naturels labélisés)
  • produire et consommer "local"
  • refuser de tomber dans le piège de la publicité et de l'obsolescence programmée des produits
  • repenser nos vacances et nos voyages
  • recycler et réutiliser un maximum. Halte au "tout à la poubelle" !
  • vivre plus simplement
  • ...

Il est évident que tous ces comportements individuels ne peuvent avoir que des effets bénéfiques. De nombreuses associations ou des pouvoirs locaux essayent de mettre en oeuvre des actions qui vont dans le bon sens. Nos gouvernements prennent des mesures qui favorisent ponctuellement cette diminution de l'emprunte écologique. C'est bien ! Implicitement, certains de ces comportements vont dans la direction d'une décroissance.

Malheureusement, cela ne suffira pas si, à coté de cela, on continue à prôner, comme seul modèle, une croissance économique à tout prix. C'est incompatible !

Une croissance infinie engloutira les efforts fournis pour diminuer un tant soit peu notre dette écologique par des actions ponctuelles. C'est un peu comme si on essayait de vider une barque qui prend l'eau avec un petit sceau. On ne fait que retarder le naufrage !

C'est pourquoi, je ne ferai pas de ce blog un site de référence sur l'emprunte écologique et des comportements individuels à adopter pour la diminuer. Des tas de sites, de livres et de revues traitent très bien de ce sujet. Je pars du principe qu'il est acquis que nous devons, chacun à notre niveau, essayer de diminuer très nettement notre emprunte par un comportement citoyen responsable plus respectueux de l'environnement.

Personnellement, je me concentrerai sur le projet de la décroissance sereine. La diminution de l'emprunte écologique en sera une conséquence logique et naturelle.

Bien à vous


Posté par seversth à 22:03 - Commentaires [0] - Rétroliens [0] - Permalien [#]

01 juin 2008

Pourquoi un blog sur la décroissance ?

Ecologie, développement durable, décroissance sereine

Il faut être complètement stupide pour refuser d'admettre que notre planète est en danger. Les cris d'alarme lancés depuis plusieurs années par de nombreux scientifiques sont presque tous unanimes: réchauffement climatique, perte massive de  biodiversité, diminution de la fertilité masculine,  augmentation des cancers, pollutions de toutes natures, émeutes de la faim, cataclysmes, ...

C'est pourquoi, la défense de notre environnement, une alimentation plus saine, des rivières plus propres, les économies d'énergie, le recyclage des déchets, une agriculture plus respectueuse, le rejet de l'utilisation intensive de pesticides ... sont autant d'éléments qui semblent être de plus en plus pris en compte au sein de nos sociétés occidentales.

L'écologie est devenue un concept politique repris par de nombreux partis ou mouvements préconisant le développement durable, l'écologie sociale ou tout simplement la protection de notre environnement.

De nombreuses associations environnementalistes travaillent sur le terrain pour sauver des espèces en danger, protéger nos forêts nos campagne ou défendre une nouvelle conception des rapports avec la nature. L'écologie est à la mode. Tant mieux ! Toutes les bonnes volontés et actions concrètes sont les bienvenues. Mais ce n'est pas suffisant !

Sur ce blog, j'aimerais pouvoir expliquer pourquoi et comment le développement durable ne peut pas être un projet de société, un but en soi. Il est simplement un outil à utiliser dans le cadre d'un projet bien plus ambitieux : la décroissance sereine !

Cette décroissance est à mon point de vue, et d'une façon plus générale à celui des objecteurs de croissance, la seule réponse possible qui permettra éventuellement à l'Humanité de ne pas foncer droit dans le mur !

Les indicateurs s'affolent. Nous ne sommes probablement plus qu'à quelques décennies de l'effondrement. Si nous n'imposons pas la décroissance, celle-ci s'imposera à nous, mais de manière beaucoup plus brutale ! Autant nous y adapter le plus tôt possible !

La notion de "développement durable" est mise à toutes les sauces. Chacun y va de sa propre définition. Par exemple, en faisant une recherche "google" sur ces deux termes, le premier site qui est apparu en tête de liste est :

"Développement durable
www.cocacolabelgium.be     Plus de choix pour le consommateur. Découvrez notre engagement !"

Le site d'une multinationale de la consommation !

La publicité nous abreuve de spots essayant de nous faire croire, par exemple,  qu'en achetant une nouvelle voiture, on pose un geste écologique en respectant le développement durable ! Au plus vous consommerez des "produits verts", au plus vous protégerez la nature ! Vivons-nous en "Absurdie "?

Pour beaucoup de sociétés multinationales, le développement durable est simplement synonyme de "développement économique durable dans le temps" ! Rien d'autre.

Bien évidemment, une définition plus écologique peut être donnée (tirée du rapport Brundtland, 1987) :

«Un développement qui répond aux besoins des générations du présent sans compromettre la capacité des générations futures à répondre aux leurs. Deux concepts sont inhérents à cette notion : le concept de " besoins ", et plus particulièrement des besoins essentiels des plus démunis, à qui il convient d’accorder la plus grande priorité, et l’idée des limitations que l’état de nos techniques et de notre organisation sociale impose sur la capacité de l’environnement à répondre aux besoins actuels et à venir.»

Seulement voilà, nous vivons dans une société basée sur le modèle économique de la croissance ! Une croissance infinie, sans limite ! Chaque année nous devons produire et consommer toujours plus sinon c'est la crise économique; la confiance "des investisseurs" s'évanouit, amenant son lot de misères (chômage, délocalisations, restructurations) !

Notre système capitaliste ne peut pas, ne veut pas s'accommoder d'une diminution de la croissance. Croissance pour la croissance ! Sans autre but que d'augmenter sans cesse les profits. Notre économie libérale ne laisse aucune place à des considérations écologiques qui pourraient mettre en péril la croissance ! Tout au plus, on applique une "légère couche de protection de l'environnement" pour se donner bonne conscience. Mais priorité à la croissance, au PIB, aux investissements, ...

Il est donc nécessaire de faire la différence entre "Développement durable" ('D' majuscule) et "développements durables" ('d' minuscule)

Le "Développement durable" est la réponse écologique du système capitaliste à la grave crise environnementale que traverse notre planète. Il s'agit avant tout d'assurer la croissance économique et accessoirement d'essayer de préserver notre biosphère.  Le "Développement durable" consiste donc en une simple adaptation des outils de production dans une perspective un peu plus écologique. Mais le leitmotiv reste "Croissance et Profits".

Malheureusement, un croissance infinie dans un monde aux ressources finies est mathématiquement impossible !!! Le "Développement durable", synonyme de croissance durable, est donc une contradiction. Le "Développement" ne peut pas être durable ! Tôt ou tard, la croissance qui en  découle sera confrontée à la limite mathématique des ressources disponibles.

La seule réponse est donc la décroissance. Il faut inverser la courbe ! Revenir à une utilisation raisonnable des ressources permettant à notre planète de regénérer ce que nous consommons. Pour l'instant, nous utilisons plus de ressources que la Terre peut en produire. Nous exploitons notre "capital ressources". Quand celui-ci aura disparu, il sera trop tard ! On ne peut pas éternellement puiser toujours plus dans un stock qui  ne se renouvelle pas aussi vite qu'il est consommé !

Cette décroissance ne signifie pas revenir au temps des cavernes. Elle doit être sereine. L'Homme aura toujours besoin de se nourrir, se vêtir, se loger, se soigner, se détendre... des développements seront donc toujours nécessaires. C'est là qu'intervient la notion de "développements durables".

Quand il faut produire, il faut le faire dans le respect des générations futures en essayant de ne pas agir de manière irréversible ! Il faut cependant sortir du cycle infernal et criminel de la croissance infinie comme seul modèle économique sensé amener des lendemains qui chantent !

Voilà en gros ce que j'essayerai de développer comme concepts sur ce blog. Je me base bien évidemment sur les travaux de l'économiste Serge Latouche qui est un des pères de la décroissance sereine.

Bien à vous



Posté par seversth à 21:45 - Décroissance sereine - Commentaires [0] - Rétroliens [0] - Permalien [#]